Qui l’aurait cru ?

16 avril, date de ma première piqûre seule, c’est-à-dire sans chimio. Revenons aux faits : durant mes six chimios, j’avais en intraveineux la chimio (CHOP) plus antiémétique et antihistaminique (sauf la dernière où j’ai eu cet anti-allergique en comprimé) plus du rituximab (Mabthera), anticorps monoclonal. Tout le monde suit ?! La chimio est donc finie. Maintenant, je bénéficie de deux années de piqûres dans le ventre, de Mabthera associé avec toujours ce petit con de comprimé anti-allergique. Deuxième piqûre prévue dans trois semaines puis tous les deux mois mais toujours à l’hôpital de jour, service chimio… ben oui, ça serait dommage d’oublier d’où l’on vient. Et en même temps, ça garde un lien. Alors, 16 avril 14 h, j’arrive à l’hôpital, on m’installe dans une chambre seule, je suis comme à la maison. La séance de piqûre ne dure qu’1 h 30 maximum. Mon prince est là pour me ramener si je suis trop endormie par l’anti-allergique que j’appellerai dorénavant le ptit con. À peine entrée dans ce lieu de torture que j’ai déjà envie de vomir. Je me dis que c’est psychologique et que j’appréhende tout simplement le ptit con. Bref, pesée du bétail, prise de température et de tension. Tout est normal. Mes nausées augmentent et j’ai très chaud. J’ai l’impression d’étouffer dans cette pièce. Une nouvelle cancéro arrive (la mienne est en vacances), je lui parle du ptit con, elle accepte de ne pas me le donner. Soulagement. Je lui pose des questions diverses et variées et une en particulier : à quel moment je pourrai reprendre le sport. Elle me répond qu’il n’y a pas de contre indication, même avec ma chambre implantable (que je vais d’ailleurs devoir garder jusqu’à la fin de l’année). Elle m’explique simplement que c’est mon corps qui me dictera tout ça. Bien incapable pour le moment d’ailleurs. Puis, je la regarde et lui dis : enfin, je vous dis « reprendre » le sport mais en fait, je n’en ai jamais fait ! Et là, moment magique et quelque peu irréel, elle éclate de rire, nous aussi !

Ensuite, elle me rassure sur mon état de fatigue générale, elle me confirme que le retour à la vie normale sera long, autant physiquement que moralement. C’est bien ce qui me semblait, c’est normal, pénible mais normal, interminable mais normal, incompréhensible pour certains mais NORMAL. Je m’en doutais, je le savais, des proches très attentionnés me l’avaient dit, mais ça me fait du bien de l’entendre d’un médecin. Passe ensuite Madame la psy, charmante, qui reconfirme tout cela, qui comprend mes doutes et mes interrogations et qui voit rapidement à qui elle a à faire. Elle me cite une belle phrase qui exprime tant : après un cancer, on est autrement la même. Viens enfin l’heure de la piqûre, bizarrement, j’ai plus peur que d’habitude. Comme si c’était la première fois, comme si je n’avais rien subi avant, comme si… Tout va être beaucoup plus simple médicalement et tout devient beaucoup plus compliqué et douloureux ?? Incroyable. Même sans le ptit con, j’ai bien failli vomir et suis sortie très écœurée. Alors tout ça, c’est à cause du relâchement de la pression des derniers mois, du ras le bol de mon corps et de ma tête, de la fatigue et des traitements accumulés. Pour finir, je vous donnerais l’image d’une carapace épaisse et solide enveloppant mon corps qui se fissure lentement mais sûrement pour laisser place à un organisme et un mental à nu à reconstruire.  

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